Je rêvais d’aider un
chien en difficulté au moins une fois dans ma vie. Je pensais sincèrement de ne
jamais en trouver le courage, mais la vie m’a carrément poussée vers William.
Oh que je me suis sentie bousculée! Mais je crois que le jeu en vaudra la chandelle.
Voici comment tout a commencé. Une amie m’a informée
du fait qu’un chiot « border collie mix » de la SPCA de Montréal
avait un urgent besoin d’une famille d’accueil. Il était là depuis un mois et
ne pouvait être mis en adoption à cause d’une excitation extrême et de
problèmes de comportement. Je me suis dit : « voilà l’occasion de me
pratiquer à avoir un border collie très énergique à la maison en attendant mon
puppy ». J’ai donc accepté de le prendre et j’étais prête à affronter le
défi. Mais il y avait malheureusement eu erreur de communication. Un refuge avait décidé de le prendre en charge. J’ai
été déçue, mais soulagée. Après tout, elle est si agréable ma petite vie tranquille!
Trois jours plus tard, revirement de situation! On a communiqué avec moi de nouveau pour me dire
que ce n’était pas ce chien-là que le refuge était venu chercher. Le petit pou
trop énergique était encore dans sa cage à la SPCA. J’y ai vu un signe qu’il était
destiné à venir en foyer d’accueil chez nous. Sans hésiter, j’ai répondu que j’allais
aller le chercher le lendemain.
Je me suis présentée à
la SPCA avec Oslo vers midi. J’avais convenu avec la personne responsable de la SPCA que
nous allions aller faire une promenade pour qu’Oslo et mon futur pensionnaire
puissent faire connaissance en terrain neutre. Quand j’ai vu le chien, je l’avoue,
j’ai été très déçue! C’était plus un labrador ou un genre de terrier ce chien, pas un border comme je voulais!
On est allés marcher avec ce kangourou-piranha qui ne faisait que foncer dans Oslo en lui mordillant la face et sauter partout en agrippant tout ce qu’il pouvait avec ses
dents. J’étais pas mal impressionnée par cette incontrôlable petite bête. J’avais
le goût de pleurer un peu aussi parce que je ne voulais pas l’amener chez moi. Ce
n’était pas du tout le genre de chien que j’avais imaginé. À la fin de la
marche, j’ai fini par exprimer mon désarroi : « Mais ce n’est pas un
border collie ce chien, c’est un terrier. Je ne veux pas un terrier. » La
responsable a eu l’air déçue. Et je voyais bien que ce pauvre chien allait
dépérir s’il restait dans sa cage à la SPCA. J’ai fini par dire avec une détermination un peu feinte : « Bon
je suis ici là, alors je vais le prendre. Je vais faire tout ce que je peux
pour ce chien. Je vais l’entraîner de mon mieux. » Je suis donc allée remplir
les papiers de famille d’accueil. J’ai appris par la même occasion que le chien
était à la SPCA depuis un mois, et qu’avant ça il avait été « un bout de
temps » au refuge AMR sur la Rive-Sud. Il avait donc perdu des mois
importants de développement en cage. Nous sommes redescendus chercher le chien.
Il est monté dans mon auto, s’est assis, et là, j’ai bien vu sa petite face. C’est
une petite face qui avait besoin de moi. Une petite face que je n'oublierai jamais.
Dans l’auto, il était
relativement tranquille. Fiou! Un point positif! C’est à ce moment que j’ai
décidé de l’appeler William pour lui donner un peu de dignité et de noblesse. Compte
tenu du peu d’exercice qu’il avait fait au cours des derniers mois, je me suis
dit qu’il serait bon que William aille se défouler un peu avant d’entrer dans
la maison. Nous nous sommes donc arrêtés au parc à chien de Kirkland, un parc
clôturé immense où il n’y a jamais personne. Parfait pour une première sortie!
Après deux minutes de course dans le parc, William s’est mis à boiter. Là le
sourire m’est tombé de la face pas à peu près. J’entrevoyais déjà les
difficultés que poserait le fait d’avoir un chien extrêmement excité chez
nous à garder au repos. Noooooooooon!
Dès son arrivée à la maison, William s'est mis à être pas mal insupportable avec Oslo, qui ne s’est pas
gêné pour le remettre brutalement à sa place, avec succès. William a appris rapidement la politesse! William avait aussi
de la misère à marcher sur mon plancher. Il glissait constamment et faisait la
split, ce qui semblait aggraver sa douleur à la patte. Je trouvais ça bien inquiétant.
Il avait le tonus musculaire d’un chiot beaucoup plus jeune. Il était mou.
Le lendemain matin,
William boitait toujours, quoique un peu moins. Il avait aussi un œil tout
boursouflé comme s’il avait été battu! Ben voyons! Ça allait donc bien mal! Mon
amie Tammy est venue à la maison le matin même et m’a beaucoup rassurée. Une
chance qu’elle est venue parce que j’étais complètement dépassée par les
événements. J’ai recommencé à respirer et j’ai décidé de surveiller l’évolution
de l’état de William avant de me précipiter chez le vétérinaire. L’enflure à l’œil
a complètement disparu en l'espace de deux heures. Je n’ai jamais su ce qui s’était
passé. Mais la boiterie était toujours aussi présente. J’ai quand même amené
William tout seul avec moi au parc pour qu’il puisse goûter à un peu de
liberté. Il avait l’air si heureux. C’était une nouvelle vie qui commençait
pour lui.
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| Une nouvelle vie qui commence |
Le surlendemain, comme
la boiterie ne cédait pas, je me suis résignée à aller chez le vétérinaire. Oh
boy! Ce n’était pas Oslo ce chien. Il jappait, il hurlait, il sautait, il
tirait, il mordillait. Pas facile. Mais j’avais apporté mon clicker et des
gâteries et il s’est calmé vite avec du renforcement positif. Il s’est ensuite laissé
manipuler assez gentiment par la vétérinaire et les techniciennes. La
vétérinaire a observé une enflure au pied et craignait une fracture. Il a donc
fallu faire des radiographies, et effectivement, fracture du premier métatarse
en cours de consolidation qui datait probablement de plusieurs semaines. Ils
lui ont mis une attelle maintenue en place par un bandage à garder pendant au
moins trois semaines. Prescription : pas de course, pas de saut, pas de
sorties à l’extérieur, garder le bandage propre et sec, faire porter un collier
élisabéthain au chien. Quoi???? Comment est-ce que j’allais faire ça moi? Tenir
un chien ado hyper énervé tranquille pendant trois semaines! J'étais pas loin du désespoir. Quand j’ai exprimé mes inquiétudes, on m’a répondu :
« ben madame, vous avez juste à lui donner un Kong avec du beurre d’arachide
et à lui apprendre des petits trucs, ça va le garder tranquille ». Ah bon?
C’est parce que je pense que vous ne comprenez pas quel genre de chien c’est,
là. En plus, tout ça m’avait coûté 300 $ de ma poche. Ça commençait bien
mal ma première expérience en tant que famille d’accueil. Je me sentais
complètement abandonnée à mon propre sort. Débrouille madame. Tu voulais aider
un chien? Ben c’est ça!
À partir de ce moment,
ça a commencé à aller super mal. Avec son cône sur la tête, William fonçait partout
dans les murs, dans mes mollets, dans Oslo. Il s’énervait énormément et sautait
partout. En plus, il n’avait plus mal à la patte, alors il courait comme un
malade à la moindre occasion, sautait sur les comptoirs, montait et descendait
les escaliers à toute vitesse. Pendant la première nuit avec le cône, je me
suis réveillée en entendant un bruit suspect de grignotage. Je suis allée voir
dans la cage : il avait réussi à enlever son cône et avait entrepris de
détruire son bandage. Heureusement j’ai probablement une oreille bionique pour
ce genre de bruit, car il n’avait pas eu le temps de rien déchirer encore. Je
lui ai donc remis son cône, je l’ai mis sur mon lit et il a fait dodo à côté de
moi tranquillement jusqu’au matin.
Le lendemain, j’ai
pensé qu’une muselière serait plus efficace qu’un cône. J’avais d’abord acheté
une muselière en tissu, mais j’ai su que c’était dangereux parce que ça empêche
le chien de haleter. Je suis donc retournée acheter une muselière en panier.
Très pratique! Ça beaucoup aidé. Mais comme William passe plusieurs heures avec
ça sur le museau (chaque fois que je n’ai pas le temps de le surveiller
étroitement, notamment quand je travaille), il est devenu très obsédé par le mordillage lorsqu’il n’a pas sa
muselière. Son bandage a carrément l’effet d’un aimant, et il s’empresse d’y
mettre les dents à la moindre occasion. De plus, il me mordillait beaucoup
aussitôt que j’essayais de mettre un plastique par-dessus son bandage ou que j’essayais
de le rapiécer (il est déjà tout usé en dessous ce satané bandage). J’ai acheté des bottes au
Mondou, mais j’en suis déjà à la quatrième botte. Elles ont toutes troué. Tu
parles de la bonne qualité… William me mordillait aussi beaucoup quand je lui
mettais son harnais, ou sa laisse. C’est mille fois mieux maintenant, mais il
faut y aller tranquillement par étape. Cela dit, parfois, comme hier et ce matin,
avant d’aller prendre notre marche, il était si nerveux et incontrôlable qu’il
a fait tomber les rideaux de ma porte d’entrée, m’a fait un garrot avec sa
laisse autour de mon mollet, a sauté sur Oslo, a déclenché une bagarre et a
presque troué mon manteau avec son mordillage, tout ça en moins de vingt
secondes. J’avoue que ça, ça m’a beaucoup tapé sur les nerfs et je suis sortie
de mes gonds. On a tout refait tranquillement, avec la muselière, et c’était mieux,
mais ouf! Des fois c’est l’enfer.
Clairement, je ne peux
pas faire comme si j’avais deux chiens ordinaires. Si je veux aller prendre une
marche avec les deux chiens, je dois vraiment préparer William tout seul,
tranquillement, étape par étape. C’est plus long, mais c’est là qu’il est
rendu. Je dois respecter son rythme. Je sais qu’il est très stressé. Quand je
suis calme et qu’il est calme tout va très bien.
Quand on va marcher
dehors, surtout quand Oslo n’est pas là, William a peur de certains objets, de
certains chiens et de certains humains (avec capuchon, etc.). Je suis quand
même à l’aise pour régler ce problème, car Oslo est passé par là au même âge.
Soit on passe notre chemin comme si de rien n’était, soit on va sentir
tranquillement la chose, la personne ou le chien en question. Il y a déjà de belles améliorations de ce côté-là.
Enfin, on m’avait
averti que William faisait de la protection de nourriture et de jouets. Ce
problème s’est grandement atténué. J’ai suivi un protocole précis pour ça. En
ce moment, il accepte sans problème que je mette ma main dans son bol (j’y
dépose généralement quelque chose de super merveilleux pendant qu’il mange). Et
il mange maintenant à proximité d’Oslo sans qu’il y ait le moindre grognement ou le
moindre signe d’inquiétude. Il est beaucoup plus détendu qu’au début. Mais ça
reste à surveiller et à renforcer.
Bref, il y a beaucoup
de problèmes à régler, mais c’est un peu normal compte tenu des antécédents de
William. J’aurais aimé avoir tout réglé en une semaine, mais ce n’est pas le
cas. Il va sans dire que je suis très fatiguée. Chaque jour, j’ai des objectifs
que je veux atteindre avec William, et je travaille vraiment beaucoup de choses
tout au long de la journée.
J’ai beaucoup parlé
des problèmes, mais William a de superbes qualités. Premièrement, il charme
tous les gens que nous rencontrons. Au Mondou, ils m’ont même dit : « Wow!
Il est calme pour un chiot de 7 mois! Et il est donc bien beau! » Et
effectivement, il s’est très bien comporté dans le magasin. Son « assis »
est extrêmement bien maîtrisé. Les gens trouvent tous qu’il a une belle face,
et qu’il est adorable. Il est très sociable avec les humains. Il est tout
gigotant, comme un bébé labrador, quand les gens l’approchent. Pour ma part, j’apprécie
tout particulièrement ses dispositions athlétiques. Je crois que ce sera une
fusée ce chien. J’ai très hâte de le voir courir. De plus, c’est un chien
intelligent, qui veut plaire et qui apprend vite. Quand il saura mieux
contrôler ses émotions et son énergie, ce sera le chien idéal pour des gens
très actifs. Il y a déjà un gentil jeune couple qui souhaite peut-être l’adopter.
C’est à suivre.
Je dois avouer qu’après
tout ce que nous aurons traversé ensemble William et moi, j’aurai beaucoup de
mal à le voir partir. Ça me brisera le cœur. C’est pour ça que je veux sélectionner soigneusement sa nouvelle famille. Ça va prendre des gens qui sauront se
montrer à la hauteur de ce chien au grand cœur.
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| Des fois, ça dort. Pis ça dort cute à part ça! |
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| Ti bébé ours |
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| Tite face de tannant avec sa suce (Kong pour chiot) |
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| Il fait des beaux assis! Ça c'était avant d'avoir le plâtre, mais c'est toujours aussi bien maintenant. |







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